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New York fantaisie

Certains vont à New York pour concrétiser leurs rêves, d’autres pour s’inventer des rêves qu’ils n’ont pas. Eric abandonne ses cintres dans son placard parisien et part à New York. Il quitte une époque grise, un monde gris, des projets gris, une amie et des parents, pour aller voir ailleurs, pour se « défaire de son histoire », pour tenter de « traverser agréablement la vie ». A New York. Pas évident dans cette ville ou tout semble sonner faux, ou chacun « colle à un cliché », ou les relations sont « éphémères et dictées par l’intérêt pratique ». A New York il devient Tom. C’est mieux d’avoir un nom court, pas compliqué. Il fait la plonge dans un bar. Il étudie les mœurs locales. Dont les dates, ces rendez-vous galants tellement codifiés qu’ils en deviennent « froids, impersonnels et dépourvus de sensualité. »

New York endroit magique ? Le Lower East Side, Harlem la fière. « Les gratte-ciel (la fameuse sky line) m’enchantaient tant ils constituaient moins une ode à la modernité, à la réussite capitaliste, qu’une célébration du bleu déchiré du ciel. » Plus loin, les tours du WTC, ou plutôt : leur absence.

Comment faire, dans un monde factice, déshumanisé, dans une ville peuplée de spectres, de spectres d’infortune, de fantôme, où la roue tourne si vite, dans laquelle il est si facile de sombrer sans que personne ne s’en aperçoive, de mourir ? New York « était en train de me rendre dur, imperméables aux misères de mes prochains. »

Jasquemond propose une plongée dans un New York des années 2000, une tranche de vie autour d’un bar, d’un journaliste critique de rock et de quelques autres relations. Faune branchée, faune fauchée, étudiants. Des hommes et des femmes qui cherchent. Qui se cherchent. Dylan, Cohen, Lou Reed comme fantômes

« Kerouac disait qu’on finissait fatalement par rentrer chez soi, et que ce qu’il fallait retenir, en définitive, c’était le nombre de tours réalisés entre son départ et le retour programmé. Ainsi l’individu avait beau essayer de fuir, il ne sortait jamais du cercle. » Que faut-il en penser, se demande Eric / Tom ? Quelles questions se poser, sur ce départ, sur ce père qui vient de mourir, sur Louise, qui a déjà retrouvé un fiancé, sur ce qui fait que tout ça tient ensemble, ou au contraire se délite, s’efface ?

Ce récit est également une recherche, et enfin une rencontre avec le père, un « être extrêmement pudique » qui s’était coupé de la relation avec ses enfants. Eric / Tom apprendra à le connaître. En passant par la musique et les chansons de Leonard Cohen, qui invite à faire sa propre révolution intérieure.

Un bon petit roman sur New York, sur la vie, l’attente, la filiation, la transmission, avec beaucoup de sons, de musique. Un style simple, fluide, propre, agréable à lire.

Les premières lignes : « J’ai quitté Paris en 2003, le 4 août. J’ai quitté le début du vingtième siècle pour entrer de plein pied dans la seconde moitiè du vingtième siècle. Et qu’importe si nous sommes entré dans le troisième millénaire, j’ai quitté Picasso, Verlaine, Valéry pour rencontrer les fantômes de Basquiat, Warhol, Ginsberg et Lou Reed ,et me laisser posséder par leur légende. J’ai troqué des noms de rue contre des numéros d’avenues, des bistrots contre des Starbucks Coffee, Bagatelle contre Central Park, le 17 pour le 911. J’ai quitté Paris afin de suspendre un avenir bien engagé sur son contre, et le coincer au fond d’une penderie, à l’abri de la lumière et de la poussière, quelque part entre mes rêves et mes regrets. A moins que je n’aie quitté Paris afin de prendre cet avenir de vitesse, de lui faire tournber la tête et perdre la raison.»

Editions Mercure de France 2009.

Retour à Djibouti

Djibouti est, au moment où se situe l’action de ce roman, un « morceau de basalte » entouré par « « trois voisins faméliques », la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée, et que divers pays se disputent : la France, pas vraiment sortie du colonialisme, les Etats-Unis – les forces armées américaines y ont élu domicile –, Dubaï, et les islamistes de ces régions reculées mais stratégiques.
Djibil est né le 17 juin 1977, jour de l’indépendance de Djibouti. Il y a vécu, grandi. On l’appelait Djib. Il s’en est échappé. Parti. Destination : Montréal. Là il apprend une autre vie. Un métier. Il devient une sorte de conseiller en renseignement. Ironie du sort, son agence l’envoie chercher des informations dans son ancien pays, sur son ancien sol. Les plaies se ravivent, les fantômes du passé frappent à la porte des souvenirs. Un père, une mère, un frère, laissés là.
« Me voici en mission dans le pays qui m’a vu naître et cependant n’a pas su où n’a pas pu me garder près de lui. » Une phrase d’émigré. De retour à Djibouti « à travers les siècles et les roches, tout ici fait signe et sens. » Pour le voyageur, « l’ailleurs et l’hier » sont entremêlés. Ce retour géographique sera l’occasion d’un autre retour, vers son passé personnel et vers le passé historique du pays. Le passé ce sont les souvenirs de son frère, qu’il revoit « s’escrimant à l’apprentissage du Coran. »
Djibouti : « une terre sans eau. Une terre rocailleuse, labourée par les pas têtus de l’homme. » Et pourtant, « surgie du chaos préhistorique, elle fut autrefois plus verdoyante que l’Amazonie. » Les hommes sont là « depuis la nuit des temps, les pieds poudrés par la poussière de la marche. » De la chaleur, de la poussière, du soleil. Mais aussi un potentiel uranifère. Des hommes avec des téléphones portables qui retentissent comme l’appel du muezzin. A Djibouti des parias des temps modernes sont les victimes d’un capitalisme rutilant. A Djibouti le seul droit que les gens veulent exercer, c’est celui de la boucler ou de quitter le pays le plus vite possible. » A Djibouti on manipule, on est manipulé. Les larmes du passé coulent, les larmes du pétrole aussi. Quel est l’avenir ? Un état islamique unifié dans toute la Corne de l’Afrique, comme le rêvent certains ?
A Djibouti, quelque part dans une prison, une « petite voix » suit partout le narrateur. On sait qui il est, ce qu’il a fait ici, ce qu’il est revenu faire. Ici, et depuis la nuit des temps « les hommes naissent, sortent leurs poignards, s’entre-dévorent et meurent. » En sera-t-il autrement ?
Un livre fort sur le souvenir, les ravages de la pauvreté, du fanatisme, la séparation, l’avenir incertain d’une région et d’une ville, l’exil.

Les premières lignes : Une si longue absence. Carnet 1. Lundi 2 octobre. Déjà trois jours que je suis de retour. Je sui revenu à Djibouti pour des raisons professionnelles et non pour m’inviter à la table de la nostalgie ou rouvrir de vieilles blessures. J’ai vingt-neuf ans et je viens de signer un contrat avec une compagnie nord-américaine qui me vaut des émoluments substantiels. Je dois rendre le fruit de mon enquête qui satisfera, à coup sûr, son appétit d’ogre. Un dossier complet avec fiches, notes, plans, croquis et clichés photographiques qui devra être livré au bureau de Denver, dans le Colorado, dans les meilleurs délais. J’ai une petite semaine pour conclure cette affaire. » Editions J-C Lattés 2009.

« La route vers la maison est plus belle que la maison-même. » Mahmoud Darxich. Cité en exergue par WABERI.

Bienvenue dans ce blog écrivains-voyageurs

J’ouvre aujourd’hui ce blog afin d’y laisser mes notes de lectures, mes découvertes, mes références, les articles lus, les livres vus en librairie, etc. Tout un tas de choses en rapport avec la littérature de voyage et les écrivains voyageurs.